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Fondation Trésor Utrecht



Karin et le petit bus


mauvaises herbes aux fleurs oranges


promenade par la forêt tropicale humide


crapaud feuille sur feuille morte


serpent vert émeraude


en pirogue


les marais de Kaw


carbet flottant


souches noircies


boutique de mygales et papillons


le préfet, le consul van Mierlo et Vijko Lukkien


le centre de Cayenne


défilé de carnaval


nous voyons une frégate


végétation abondante


les sombres cachots


saïmiri


charmant barbecue...


...au bâtiment d'accueil de Trésor

photos Eric Augusteijn

Voyage des Donateurs 2003 à Trésor

Eric Augusteijn, participant

Quelques-uns se connaissaient depuis longtemps, d'autres s'étaient rencontrés pendant la journée d'introduction à Utrecht, d'autres encore firent connaissance à Paris. Parce que c'était à Paris que le 25 janvier 2003, se réunirent les participants au voyage, les membres du Conseil d'Administration de Trésor et les donateurs, pour prendre le vol " intérieur " vers une région française de l'autre côté de l'Atlantique: la Guyane française.
Sous la direction inspiratrice du secrétaire Vijko Lukkien, nous avons pu faire, pendant deux semaines, la connaissance de la forêt tropicale humide et des savanes de Kaw, de la population locale, de la ville de Cayenne, des îles où les Français jadis envoyèrent leurs prisonniers, de fonctionnaires du gouvernement et de plusieurs personnes qui se dévouent cœur et âme à la conservation de la magnifique nature et de la fascinante écologie de la Guyane française.

C'est un cliché, mais vu de l'air, la forêt tropicale humide parait un dense champ de choux frisés ou de brocoli. L'aéroport près de Cayenne n'a qu'une piste d'atterrissage et dans le hall d'arrivée nous attendent Joep Moonen, sa femme Marijke et leur fils Bernie. Cela ne nous arrive pas tous les jours de rencontrer quelqu'un qui ait donné son nom à une plante rare, l'Anthurium moonenii. Joep est conservateur de Trésor, il dirige le centre d'écotourisme Emerald Jungle Village et aux Pays Bas il est connu par son rubrique dans le mensuel " Gezondheid Nieuws " (Santé Actualités). Autrefois il fut directeur du zoo de Paramaribo. Joep sera plusieurs fois notre guide. Dehors, un petit bus de l'agence de voyage JAL VOYAGES nous attend, nous y rentrons tout juste, notre groupe de treize et les bagages. Notre chauffeur s'appelle Karin. C'est une jeune femme qui lors de notre séjour, se révélera être aussi organisatrice, spécialiste du pays et de la population, guide de la nature et cuisinière. Elle nous conduit à notre quartier général, l'hôtel La Chaumière, à un quart d'heure de Cayenne. Pour la première fois nous apercevons le pays. Des maisons ressemblant celles qu'on a vues à Surinam, des palmiers, des champs couverts de mauvaises herbes aux fleurs oranges (selon Vijko : Heliconia psittacorum), des arbres qu'on ne connaît que du National Geographic, mais c'est drôle…. les panneaux le long des routes auraient pu se trouver en France. Même dimension, même couleur, même type de lettre. C'est difficile à croire que nous sommes effectivement en France. La Guyane française n'est pas une colonie, mais un département d'outremer, de l'autre coté de l'océan, comme Schiermonnikoog est un territoire d'outremer de la Hollande. La Guyane française est toutefois bien plus grande (4 x la Hollande) et l'océan un peu plus large. L'hôtel, à deux niveaux, entoure un jardin avec piscine. Pour nous, récemment arrivés d'un Europe en plein hiver, le jardin est un vrai petit paradis avec ses palmiers et plantes à fleurs spectaculaires, comme l'hibiscus à fleurs écarlates parmi lesquelles nous observons de temps en temps un colibri. Le Consul honoraire des Pays Bas, Ruud van Mierlo, nous attend. Nous le verrons maintes fois lors des semaines à venir, et deux fois il nous accueillera chez lui. Dans la salle à manger, couverte d'un toit, mais à peu près sans murs, nous dégustons les boissons locales. Un Planteur contient du jus de fruits, du rhum blanc et un petit peu de cannelle. Un Ti Punch est fait de rhum blanc, sirop au sucre de canne et jus de citron vert. C'est le client même qui le compose. La première rencontre tombe bien.
Les deux semaines suivantes sont comblées d'un programme chargé. Et bien que ce soit selon le calendrier la petite saison des pluies, nous ne voyons que rarement une averse et pour le reste il fait un temps agréable, un peu chaud et humide pour notre sensation d'hiver.

Des excursions à pied et en bateau à travers la forêt
Des promenades à pied et en bateau à travers la forêt tropicale humide forment les points culminants de ce voyage, e. a. dans la réserve Trésor. On se croit dans une cathédrale gothique, entouré d'arbres séculaires parmi lesquels la lumière pénètre filtrée. Les oiseaux qu'on pense entendre ne sont pas d'oiseaux mais des grenouilles. Nous les voyons aussi : de petits dendrobatidés, bleu foncé et aux manches jaune vif et un crapaud feuille, qu'on ne distingue à peine sur la feuille morte sur laquelle il est assis. Nous entrevoyons le coque-de- rocher : un point orange se mouvant contre le fond obscur d'une grotte, juste visible entre les arbres et nous prenons conscience d'un sentiment d'émerveillement de pouvoir l'observer. Des papillons bleus grands comme une main, des morphos, volètent ci et là entre les arbres. Une fois nous voyons un serpent vert émeraude se glissant par les branches d'un buisson. Selon Karin il est vénéneux. Des broméliacées, des philodendrons et des orchidacées se trouvent haut sur les troncs des arbres comme les nids-de-pie des navires de la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales). Qu'est-ce qu'elle éprouve donc, la bromélie dans son pot en plastique sur le rebord de ma fenêtre?
Nous voyons des troncs entourant d'autres troncs dans une étreinte mortelle, nous voyons des plantes qui envoient une mince branche, comme une sonde, le long d'un tronc vers le ciel, en quête de lumière. Nous voyons un arbre qui se sert de racines minces pour voler l'humus que son voisin a accumulé dans des cavités. Il me revient qu'une prise de vue accélérée de tout cela montrerait une lutte à mort sans merci. Ce n'est que par notre expérience du temps à la va-vite que tout semble paisible et calme. Entre-temps les guides et les biologistes parmi nous expliquent la différence entre les épiphytes et les parasites et nous munissent des noms scientifiques des plantes les plus modestes. L'excursion sur la crique à travers la forêt en pirogue, une embarcation faite d'un tronc d'arbre creusé aux bords rehaussés avec des planches de bois, est une expérience très spéciale. Nous voyons des arbres aux racines échasses, des arbres aux racines à contreforts et des arbres aux racines aériennes. Les rives des criques sont bordées d'une forêt qui semble tout à fait impénétrable. Nous voyons des martins-pêcheurs et des lézards-crocodiles. Une fois le timonier doit couper un tronc tombé sur la crique. Ensuite, le moteur hors-bord à plein régime, il prend son élan et nous volons littéralement par-dessus du tronc. On se croirait égaré dans un film de James Bond.

Les marais
Les marais Kaw sont un territoire étendu de criques, séparées par ce qui parait au premier vu des prairies. Mais ce ne sont pas de prairies, mais des tapis de plantes d'eau, qui montent et baissent selon le niveau des eaux. C'est qu'on note ici encore l'influence de la marée océanique. Dans une embarcation plate on nous conduit à notre logement: le carbet flottant, où nous passerons la nuit. Il s'avère être un plateau flottant avec un étage supérieur. En bas pour manger et s'asseoir et en haut pour dormir dans des hamacs et des lits superposés. Il y a un toit, il n'y a pas de murs.
Il y a des canoës à notre disposition. Les rives fourmillent d'oiseaux : des poules-d'eau rouge-brun, des hérons géants, de petites aigrettes, des martins-pêcheurs. des gobes-mouche noirs jaunes, des anis noirs. Haut dans le ciel planent les vautours.
Nous vivons une soirée très spéciale, entourés de silence et d'obscurité. Le Grand Nuage de Magellan émane une douce lueur au-dessus de l'horizon sud. Entre-temps Karin et le garde local préparent un repas excellent. Il y a des Planteurs et des Ti Punch.
En bateau nous naviguons par la nuit obscure en recherche de caïmans. On les reconnaît aux yeux brillant à la lumière d'une lampe. C'est une expérience miraculeuse d'avoir entre les mains un caïman sauvage vivant, bien qu'il ne soit que 30 cm de long.

L 'intervention humaine
Nous voyons aussi les dommages que l'homme cause à la nature. Le long d'une piste étroite, en route au village de Cacao, nous voyons de tristes terrains où les habitants ont brûlé la forêt. Entre les souches noircies il y a de jeunes bananiers. à Cacao même il y a un marché tropical animé, organisé par les habitants, venus un jour de l'Indochine. Mais en plus des fruits, des fleurs et des magnifiques textiles, il y a aussi une petite boutique avec presque exclusivement des mygales mortes, des papillons et des scorpions dans de petites boîtes avec des couvercles transparents.
Un soir nous voyons aussi la capture de papillons nocturnes. Une lampe intense au-dessus d'un drap blanc tendu verticalement, attire les insectes. Les exemplaires de valeur sont cueillis par le chasseur et reçoivent une injection mortelle d'ammoniaque. Les animaux vont aux collectionneurs, aux musées et aux commerçants de souvenirs.
Nous sommes dans l'espace d'accueil de Trésor quand il y a là aussi quelque quarante mygales en sachets en plastique, quelques-unes entre elles encore en vie. On les a confisquées chez des braconniers et elles seront mises en liberté à Trésor.
Monsieur Swahles, scieur de bois, nous donne des explications. Ici, heureusement, l'abattage de bois dur tropical ne se fait pas de la même façon qu'au Brésil. Au Brésil de grandes parties de la forêt sont rasées entièrement, et puis c'est facile à transporter le précieux bois dur. En Guyane française on ne coupe que les plus grands arbres d'une parcelle, et ensuite la parcelle aura vingt ans pour se régénérer. Ce qui ne suffit pas pour que la forêt vraiment primaire se rétablisse, cela prendrait au moins un siècle. Un des derniers jours de notre séjour, nous sommes reçus par des représentants du gouvernement, les présidents des conseils représentatifs et même par le préfet, l'homme directement sous Chirac. Des mots aimables sont échangés et on souligne l'importance de la collaboration entre l'Université d'Utrecht et les autorités de la Guyane française. La création de la réserve Trésor fut dans le temps un catalyseur important en faveur de la prise de conscience à la conservation de la nature, primordiale pour la Guyane française. Depuis, quelques réserves ont été créées aussi de la part des autorités.
Dans le village de Kaw nous visitons un centre d'accueil moderne où l'on réalise un programme éducatif pour la jeunesse.

Cayenne
Cayenne, la capitale, se situe près de la mer. Mais parce que l'eau de la mer est brune par la boue des fleuves, Cayenne ne deviendra probablement jamais une destination balnéaire. Des restes d'une ancienne forteresse se trouvent sur le rivage, débarrassé ici des mangroves présentes partout ailleurs. Par marée basse nous voyons des sauteurs de vase sautillant sur les plaques de boue, des poissons qui peuvent utiliser leurs nageoires comme de petites pattes. Au centre de la ville il y a une grande place pleine de palmiers et il va sans dire que le café Les Palmistes devient notre point de rencontre. Errant par la ville nous découvrons que la plupart des magasins est aux mains des Chinois. Dans plusieurs vitrines nous apercevons les costumes de femme les plus fantastiques, souvent à des prix fantastiques. Un costume plein de paillettes, beaucoup de nu et beaucoup de plumes coûte plus de €1000! C'est qu'ici on célèbre déjà carnaval. Dès l'Epiphanie jusqu'au mercredi des Cendres, il y a ici chaque vendredi soir Tou Lou Lou, fête pour les dames et chaque samedi et dimanche soir défilé de carnaval par la rue principale. Nous assistons à un tel défilé. Beaucoup de joyeux travestis, des groupes de gens costumées, des barils en plastique comme tambours. C'est aussi à Cayenne que nous voyons les véritables grands animaux sauvages. Des caïmans adultes, des jaguars, des pumas, des fourmiliers, des tapirs, des paresseux et des capibaras. Empaillés au musée. Dans l'herbier de Cayenne, le directeur, Monsieur de Granville, nous fait le tour. Plusieurs plantes sont nommées après lui, e. a. le Bromelia granvillei. L'herbier fut fondé en 1965 par le professeur néerlandais R.A.A. Oldeman. Actuellement 15000 spécimens de 5500 espèces y sont conservés. On travaille à une base de données disponible sur internet. Montravel est une petite réserve en bord de mer un peu en dehors de Cayenne. Un enthousiaste directeur Olivier nous donne le tour de son domaine avec des plantes intéressantes et des équipements éducatifs superbes.

Les îles du bagne
Qui connaît le livre ou le film Papillon, pense, en parlant de la Guyane française, aux bagnards sur les trois petites îles devant la côte.
Ce sont les Iles du Salut, dont l'Ile du Diable est la plus connue. Depuis 1852 et pendant près d'un siècle, la France y envoya des prisonniers qu'on ne voulait plus revoir en France. Dreyfus en est le plus connu. Ils furent cruellement maltraités. Nous visitons l'île la plus grande, l'Ile Royale. La traversée d'environ 15 kilomètres depuis Kourou (base de lancement européenne) est par bac à moteur. Durant le trajet nous voyons des frégates.
Arrivés à l'île nous marchons vers le sommet longeant une végétation abondante sur une rue en pavés ronds. La construction de cette rue aura coûté à beaucoup de bagnards beaucoup de sang, sueur et larmes. Nous passons deux nuits dans les anciens logements des gardiens.
A cause de la sècheresse continue, il n'y a pas d'eau courante et il faut se débrouiller avec de l'eau emportée dans des bidons de 20 litres. Néanmoins le logement peut s'appeler luxueux.
Le réservoir d'eau de 3000 m³ est presque à sec, on peut voir clairement les caïmans y demeurant. Et puis il y a des iguanes verts, des agoutis (de gros rongeurs) et plusieurs perroquets qui aiment s'asseoir sur la tête de quelques-uns parmi nous et leur tirer les cheveux ou boucles d'oreilles. Nous visitons l'ancien bagne. On dirait que la peur, la douleur et la peine d'antan hantent encore les sombres cachots.
Lors d'une promenade sur l'île, nous voyons de grosses tortues marines. Des saïmiris aux petites mains douces mangent des bouts de biscuits dans nos mains. Des cocotiers lâchent leurs noix dans la mer, en route à des îles désertes. C'est une île paradisiaque avec un passé infernal.

Finalement
Lors d'un charmant barbecue dans le bâtiment d'accueil de Trésor, nous voyons encore une fois les gens qui ont fait de ce voyage une expérience inoubliable. Joep y Marijke sont là, MM. Granville et Olivier, Renske Ek, qui a fait des recherches scientifiques dans la savane humide avec ses deux assistants, dans des circonstances bien plus difficiles que les nôtres. Eric Landais, le garde forestier de la réserve Trésor et un de nos guides. Vijko Lukkien distribue des cadeaux. Il y a de délicieux lumpias surinamiens et des cuisses de poulet. Il y a des Planteurs, des Ti Punch et de la bière.

Et puis, voilà, c'est la dernière journée. Nous prenons congé de Ruud van Mierlo et de notre fidèle Karin. Nous remercions Vijko et Pipasi de l'excellente organisation. Dix heures en avion et nous retrouvons le mois de février en Europe.

Schiermonnikoog, le 26 mars 2003



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