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Fondation Trésor Utrecht

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numéro 22, septembre 2007 (extrait)

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inhoudsopgave

Trésor et le WWF unissent les efforts!

Aart de Lang


De gauche à droite: Vijko Lukkien, Lodewijk de Geer (Fondation Trésor), Johan van de Gronden (Directeur WWF) et Kévin Pineau (garde-forestier Trésor) signent le nouveau MOU.

Mercredi le 4 juillet 2007 est une journée remarquable dans l'histoire de Trésor. Allard Stapel, Chef Développement de programmes du WWF, nous reçoit vers midi en tant que Conseil d'Administration de la Fondation Trésor, dans le magnifique nouveau bâtiment écologique du WWF au milieu des forêts de Zeist. Le programme pour l'après-midi s'annonce bien:
  • introduction par Allard Stapel;
  • introduction par Vijko Lukkien pour la direction et les membres du conseil d'administration du WWF;
  • Anne van der Sluis avec les résultats de son étude sur la façon de communiquer de la Fondation Trésor;
  • Renske Ek: Les résultats de 10 ans de recherches scientifiques;
  • discussion globale par notre conseillère scientifique Mme Dr P. A. Verweij, du rapport RAPPAM établi par les membres de notre équipe en Guyane française;
  • notre garde forestier, Kévin Pineau, approfondit quelques recommandations du rapport RAPPAM;
  • signature du nouveau MOU avec le WWF.


Que pense le WWF de la Fondation Trésor?
Dans son introduction, Allard Stapel s'exprime en termes cordiaux et très positivement sur la collaboration entre la Fondation Trésor et le WWF. Les liens entre le WWF et Trésor se manifestent par la bonne collaboration en Guyane française. Là, Trésor collabore étroitement avec le WWF-France, le WWF-Guyanes et le WWF-E.-U.
Allard reconnait le rôle pionnier que Trésor joue dans cette partie du monde. Le MOU(Memorandum Of Understanding) qui sera signé plus tard dans l'après-midi, souligne ces liens et fournit un contenu concret.

Une exhortation
Ensuite, la parole est à Vijko Lukkien qui profite de l'occasion afin d'intéresser direction et membres du conseil du WWF-Pays-Bas à Trésor. Et cela lui convient à merveille à Vijko. Dans son exposé passionné il signale l'importance de Trésor pour la continuité de la protection de la nature dans les néotropiques, notamment en Guyane française. C'est là que nous et nos collaborateurs locaux, travaillons déjà depuis plus de dix ans à la construction d'une réserve naturelle qui sert sûrement d'exemple. Réveillées par notre initiative, les Autorités françaises de la Guyane française ont destiné entre-temps d'amples zones comme réserve naturelle.
Nos collaborateurs sur place, tous comme nous des bénévoles non rétribués et enthousiastes, plus notre garde forestier tout aussi enthousiaste, Kévin Pineau (pour qui Trésor paie une partie du salaire) se mettent en quatre. Ils protègent notre réserve et la rendent accessible aux confins du site, par un simple centre d'accueil encore à reconstruire et par un sentier long de deux kilomètres accessible pour les amateurs de la nature intéressés et les classes scolaires. Des écoliers y apprennent parfois pour la première fois la valeur de la conservation de la forêt humide. Ainsi nous essayons de créer la notion du concept de laisser la nature la nature, vierge et sûre pour les animaux qui y vivent.
Vijko plaide en faveur d'une contribution stable de ceux qui appuient notre initiative pour le salaire d'un ou deux gardes forestiers. Ils sont vraiment indispensables pour donner de l'éducation à la nature sur place et de protéger le site contre des activités illégales comme la chasse.

La façon dont Trésor communique avec ses donateurs et autres, est-elle améliorable?

Pendant la pause de midi, Anne van der Sluis fait son exposé sur la communication autour de
Trésor. Aart de Lang (membre du comité de la Fondation Trésor) surveille l'ordre du jour.
Dans le cadre de son projet de recherches de fin d'études pour le mastère Science Communication à l'Université d'Utrecht, Anne van der Sluis a analysé dans quelle mesure notre communication correspond aux besoins et aux valeurs de ceux à qui l'information est dirigée.
Son étude révèle que nos donateurs sont en général très contents de l'information qu'ils reçoivent. Notre site Internet et aussi notre bulletin d'info Trésor Nieuws sont considérés comme valables. Il y a aussi beaucoup d'estime pour le fort engagement des membres du Conseil d'administration de la Fondation qui consacrent bénévolement tant de temps et de moyens à leurs efforts pour la conservation de la nature. Rien de l'argent des donations ne disparait dans les poches. Tout est employé prudemment. Aussi les liens avec l'Université d'Utrecht sont considérés comme un élément positif et stable.
Peut-on faire mieux? Evidemment. Ce n'est pas pour rien que le rapport final d'Anne porte comme titre: " Faites plus de bruit! " La question prioritaire signalée par les donateurs était la promotion du projet Trésor. Les donateurs étaient de l'avis que la communication est bonne une fois " dans le circuit", mais la promotion du projet à l'égard des gens qui ne connaissent pas encore le projet, est une question prioritaire pour les donateurs. Les donateurs aimeraient aussi savoir plus sur les plantes médicinales de la région. Le Conseil d'administration voit dans le rapport final d'Anne des points de départ importants pour l'établissement d'un nouveau plan de communication.

Les résultats de 10 ans de recherches scientifiques
Dr. Renske Ek fait un beau tour d'horizon des résultats de plus de 30 missions botaniques à Trésor. Entre-temps, plus de 1106 espèces de plantes ont été répertoriées, dont 1038 documentées. Si l'on compare cela avec le nombre de plantes repérées dans d'autres régions des environs, Trésor se trouve à une hauteur solitaire, certainement en tenant compte de l'étendue de notre terrain: 24,64 km². Près de Saül, également en Guyane française, sur un terrain d'une superficie de 1402,5 km², 2314 espèces ont été répertoriées, mais le terrain est presque 70 x plus grand et il y a eu beaucoup plus de missions scientifiques. Dans la réserve de Brownsberg au Surinam (superficie: 122 km², cinq fois plus grand que notre terrain) 957 espèces ont été répertoriées. La réserve naturelle Trésor est donc un des endroits les plus riches en espèces de l'Amazonie. C'est que la variété du paysage est grande (des savanes humides, des forêts de pentes, des criques) et que la pluviosité est extrême. La région a la pluviosité la plus haute de la partie septentrionale de l'Amérique du Sud: en moyenne 4.000 mm par an avec des pointes de 8.000 mm par an. Comparez cela avec les 750 mm dans notre pays aux grenouilles, déjà si humide à notre avis! Et avec ça, la région Trésor n'est pratiquement pas perturbée. En tout, beaucoup d'arguments qui justifient parfaitement nos efforts de protection.

Comment le RAPPAM nous aide-t-il à améliorer la gestion
Qu'est-ce que c'est que le RAPPAM et qu'est qu'on peut faire avec? Notre conseillère scientifique, Dr. Pita Verweij traite ces questions plus à fond, en passant en revue le plan de gestion établi par les nôtres en Guyane française.

RAPPAM est l'abbreviation de "Rapid Assessment and Prioritization of Protected Area Management methodology". C'est une méthode mise au point par le WWF pour se faire une idée de l'efficacité de la gestion d'une région protégée, comme notre réserve Trésor. Dans ce cas-ci, la façon de formuler la question du RAPPAM est adaptée par le WWF-Guyanes en concertation avec les divers intéressés aux conditions locales. L'analyse a été faite par les membres de l'Association en Guyane française, avec e. a. Liesbeth Fontein, qui, dans le cadre d'un sujet de mémoire de fin d'études à l'Université d'Utrecht, a collaboré pendant quelques mois avec notre équipe là-bas.

La méthodologie RAPPAM part de la vision, les buts et les objectifs de la gestion. Ensuite on répond à des questions comme: Que voulons-nous atteindre? Comment ce but est-il influencé par des facteurs externes? Dans quelle mesure la planification est-elle réussie? Y a-t-il assez de moyens pour réaliser les objectifs? Dans quelle mesure les dispositions de gérer la région sont-elles consistantes avec les objectifs? Est-ce que les efforts de gestion sont suffisants pour atteindre les objectifs? Est-ce que les objectifs ont été atteints effectivement? Où est-ce que la gestion fait-elle défaut?

Un aspect intéressant, qui ressort du RAPPAM, sont les valeurs, directes et indirectes, de la région. Des valeurs importantes indirectes sont: le rôle que la réserve Trésor joue pour l'approvisionnement en eau de la Guyane française et la fixation de CO². Il est possible qu'après 2008, une compensation financière devienne disponible pour empêcher la déforestation, le cas échéant la conservation de la forêt. Et puis ce sont la valeur intrinsèque de la biodiversité et la valeur pour les générations futures qui jouent un rôle, ainsi que la valeur informative pour l'éducation et les recherches scientifiques. Quoique ce soient surtout les aspects botaniques qui ont été sujet de recherches scientifiques, entre-temps aussi 285 espèces d'oiseaux, 54 espèces de mammifères, 54 reptiles et 41 amphibiens ont été répertoriées sur le terrain.
Des menaces sont: la chasse illégale, les activités de l'exploitation de l'or, l'urbanisation dans les alentours et les espèces invasives.

L'analyse des points forts et des points faibles rapporte les suivantes idées:

Points forts:
  • Les savanes humides, uniques, se trouvent entièrement dans la région.
  • Le gradient végétatif entier, ascendant depuis le fleuve jusqu'au sommet de la montagne, est situé entièrement dans la région.
  • La région Trésor est attenante à la réserve beaucoup plus grande des Marais de Kaw.
  • Le système de zoning protège la biodiversité et les parties vulnérables, uniques, de la région.
  • Les objectifs de gestion s'ajustent dans les caractéristiques de la région.
  • Une zone tampon sera réalisée aux limites NO et SE de la région.

Les faibles:
  • La réserve est relativement petite (mais sera sous peu amplifiée considérablement parce que la gestion de zones limitrophes nous sera confiée).
  • Trésor est la seule réserve au sud de la montagne de Kaw et est donc vulnérable.
  • A ce moment il n'y a pas encore de zone tampon.
  • Il n'y a pas de limites naturelles au SO ni au NE.
  • On ne sait pas assez sur les activités humaines futures dans les zones limitrophes.

Facteurs de réussite:
  • Des facteurs de succès propres à la région:
    • Des activités humaines limitées dans et autour de la zone.
    • La proximité d'autres réserves (propriété de l'Etat).
    • Situation politique relativement stable.
    • Reconnaissance de haute biodiversité (type 1* ZNIEFF)
  • Facteurs de réussite internes:
    • Des accords de coopération scientifique avec des universités.
    • Des accords de coopération avec des sponsors.
    • Des accords de coopération avec des organisations écologistes internationales connues, comme le WWF et l'UICN.
    • Des cadres locaux très motivés et compétents.
    • Un programme RP de haute qualité.
    • De bonnes relations personnelles entre la Fondation hollandaise et l'Association guyanaise.
    • Des visites de travail régulières de membres du conseil d'administration de la Fondation à la réserve.
    • L'ambition d'une gestion plus indépendante de la zone par des personnes locales.
    * ZNIEFF est l'abréviation de la désignation utilisée par le Ministère d'environnement français "Zones naturelles d'Intérêt Ecologique et Faunistique". Type 1 indique une zone d'une grande valeur écologique au niveau local, régional, national ou européen.


Pour finir, le RAPPAM mentionne quelques recommandations pour la gestion.
  • Implémentation progressive des buts originaux (conservation, éducation, recherches scientifiques);
  • Implémentation d'une zone tampon et mise-en-place de critères pour les activités dans la zone;
  • Des recherches ultérieures et identification de la valeur écologique de Trésor et de la pente sud de la montagne de Kaw (hydrologique et en ce qui concerne la fixation de CO²)
  • Démarrage des mesures de recommandation en vue des activités futures de Cambior;
  • Nomination d'un deuxième garde forestier pour une meilleure protection contre les activités illégales et pour l'amélioration des mesures générales de gestion;
  • Collaboration avec des partenaires locaux (on pense à la collaboration avec les gardes-forestiers de la réserve des marais de Kaw avoisinante) pour combattre la chasse illégale;
  • Prendre action pour combattre les espèces invasives;
  • Prendre en considération d'ajouter un quatrième objectif aux trois originaux, c'est-à-dire: participation active et ouverte au développement durable de la montagne de Kaw;
  • Réaliser une enquête parmi les intéressés, pour arriver à un plan de communication général;
  • Démarrage d'un processus graduel d'un fonctionnement plus indépendant de l'Association.

Des dangers, mais certainement aussi des chances!
Ensuite notre garde forestier, Kévin Pineau, approfondit quelques recommandations du rapport RAPPAM.
Sous la législation française, toutes les réserves françaises sont obligées de rédiger un plan de gestion. C'est de toute façon utile de développer après 10 ans une vision à long terme pour notre réserve. En plus, ça aide à maintenir les nez de la Fondation et de l'Association pointés dans la même direction.

La région Trésor est si précieuse pour plusieurs raisons. Les savanes humides p. ex. sont uniques en Guyane française. La région fait partie de la montagne de Kaw et abrite relativement beaucoup d'espèces végétales endémiques. Il y a plusieurs espèces animales menacées, comme le tapir et le singe-araignée.

Il faut faire des recherches scientifiques sur la dynamique des populations animale et végétale. Du point de vue éducatif, l'éducation à la nature pour les écoliers est importante, tant en classe comme sur le terrain. Mais on a aussi besoin de programmes pour les adultes.

En s'occupant de la conservation de l'écosystème, on est confronté à la chasse illégale, le commerce illégal en grenouilles, insectes (papillons!) et araignées (notamment les mygales). Ci et là, il y a de la coupe illicite, et le projet de la mine d'or dans le voisinage immédiat de la réserve est une menace: pensez à la pollution de l'eau du fleuve Orapu, qui joue un rôle important dans l'alimentation en eau potable de beaucoup de gens en Guyane française. L'écosystème de notre zone est fragile, des traces d'hommes et d'animaux restent visibles pendant longtemps et il existe le danger des espèces invasives. Sans le vouloir, les visiteurs peuvent apporter des graines dans la zone par leur vêtements ou chaussures, mettant surtout en danger les savanes humides. Ceci plaide pour ne pas ouvrir sans plus les savanes aux visiteurs.
Il faut une multitude de mesures pour faire face à ces menaces et de remplir nos objectifs éducatifs et autres. Pour les autorités françaises au niveau national, la priorité de notre projet n'est pas haute. Ce sera encore un grand défi de trouver les moyens financiers pour réaliser nos objectifs. Heureusement nous avons, au niveau local, plus de perspectives de collaboration, p. ex. avec l'ONF et la réserve naturelle avoisinante des Marais de Kaw.

Lors des réponses aux questions concernant son exposé, Kévin fait preuve d'un haut degré de compétence et d'engagement. Nous sommes heureux de l'avoir dans notre équipe!

Le MOU ouvre la perspective d'une collaboration intense et utile avec le WWF.
La partie officielle du programme termine avec la signature d'un nouveau MOU, dans lequel la Fondation Trésor d'une part et le WWF-France, WWF-Guyanes et WWF-USA d'autre part s'accordent à appuyer la gestion effective de la réserve naturelle Trésor.
Les signataires sont: Au nom du WWF: Johan van de Gronden, le nouveau directeur de WWF-Pays-Bas; Dominiek Plouvier signera plus tard le document au nom du WWF-Guyanes; au nom de Trésor: notre président, Jhr. Lodewijk de Geer van Oudegein et notre secrétaire, Vijko Lukkien.

Des points spécifiques qui peuvent être élaborés ultérieurement en accord mutuel, comprennent entre autres le développement d':
  • un programme d'éducation à la nature;
  • un programme stimulant la sensibilité aux problèmes de l'environnement;
  • un programme pour une forme durable d'écotourisme;
  • un programme d'acquisition de fonds au profit de l'acquittement du restant du prêt contracté à l'époque pour acquérir le terrain et pour un éventuel élargissement du terrain;
  • un programme orienté vers l'acquisition de donateurs et sponsors parmi la population locale et les entreprises locales;
  • une enquête parmi les intéressés locaux concernant la perception et la reconnaissance de notre réserve naturelle;
  • un programme pour évaluer l'efficacité de la gestion et pour l'améliorer ensuite;
  • un plan de communication pour la Guyane française;
  • un programme pour des recherches scientifiques de l'amplification de la protection des processus écologiques du territoire.

Mercredi le 4 juillet 2007 entrera dans les annales comme une nouvelle étape de l'histoire de notre magnifique initiative d'apporter notre pierre à l'édifice de la conservation de la forêt humide.


inhoudsopgave

Mionectes

Etude des oiseaux de sous-bois
dans la réserve Trésor

Kévin Pineau

Depuis la fin du mois de juillet, une étude de grande envergure vient d'être lancée sur le périmètre de la réserve. Il s'agit de suivre les populations d'oiseaux de sous bois régulièrement et dans un temps assez long. Cette étude a pour objectif de comprendre et d'appréhender la dynamique des oiseaux de sous-bois (taux de survie, densité, taux de recrutement, période de nidification...).


La méthode
Cette étude se déroule sur une superficie de 4 hectares dans lesquels sont disposés aléatoirement 40 filets de 12 mètres de long. Tous les oiseaux capturés sont identifiés, sexés, âgés et mesurés puis on leur pose une bague métallique numérotées sur le tarse. Ces bagues spécialement prévue pour ce genre d'étude sont mis à dispositions par le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris (MNHN).
Les séances de captures se déroulent durant tout un week-end, du samedi 12h-18h au dimanche 06h-12h. Ces week-ends de captures auront lieu tous les deux mois pendant 3 ans.


Un grand nombre d'oiseaux capturés attendent le moment
d'être pesés et bagués, dans des filets accrochés à la corde

La dénomination d'un oiseau demande des fois toutes les
connaissances conjuguées de ceux qui sont présents.
photos Kévin Pineau
Cette étude implique le partenariat entre l'équipe de la réserve, le Groupe d'Etude et des Oiseaux en Guyane (GEPOG) et le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.

Au-delà de l'objectif principal de l'étude présenté en introduction, ces séances de captures permettent également de faire progresser l'ornithologie guyanaise sur les critères d'identification des espèces, sur les possibilités de donner des ages à certaines espèces et bien d'autres choses encore.

Les résultats de la première séance de capture
Cette première séance a eu lieu les 23 et 24 juin après plusieurs mois de préparation. En effet il fallait définir l'emplacement des filets, réaliser les layons pour rejoindre les filets, couper des perches (à l'extérieur de la réserve!) pour l'installation des filets.

C'est donc vers 8h00 que tous ornithologues et les bénévoles se sont retrouvés sur le site pour installer les filets, le campement nécessaire pour le baguage et le confort de travail.

Après quelques heures de travail, nous ouvrons les filets le samedi vers 12h00 et dès le début un nombre important de capture est réalisé, rendant le rythme de la journée assez élevé, en effet il faut à la fois libérer les oiseaux des filets et les mesurer et les baguer. Ce rythme se poursuivra tout le week-end puisque le volume de capture ne baissera pas.


Le tableau ci-dessous fait le bilan de ces captures.


Nom scientifique  Nom anglais Nom néerlandais Nombre de
captures
Mionectes macconnelli McConnels’s Flycatcher Mc.Connells vliegenvanger 55
Pipra erythrocephala Golden-headed Manakin Goudkopmanakin 47
Glyphorynchus spirurus Wedge-billed Woodcreeper Wigsnavelmuisspecht 14
Pipra serena White-fronted Manakin Witvoorhoofdmanakin 11
Pipra pipra White-crowned Manakin Witkruinmanakin 6
Turdus albicollis White-necked Thrush Witneklijster 6
Hypocnemis cantator Warbling Antbird Orpheus mierkruiper 4
Percnostola rufifrons Black-headed Antbird Roetkopmiervogel 4
Pithys albifrons White-plumed Antbird Witpluimmiervogel 4
Xiphorhynchus pardolatus Chestnut-rumped Woodcreeper    Roodkeelmuisspecht 4
Corapipo gutturalis White-throated Manakin Witkeelmanakin 3
Gymnopithys rufigula Rufous-throated Antbird Roodkeelmiervogel 3
Manacus manacus White-bearded Manakin Witbaardmanakin 3
Myrmotherula axillaris White-flanked Antwren Witflankmiersluiper 3
Myrmotherula gutturalis Brown-bellied Antwren Bruinbuikmiersluiper 3
Thamnomanes caesius Cinereous Antshrike Temmincks mierklauwier 3
Phaetornis superciliosus Long-tailed Hermit Langstaartheremietkolibrie 3
Arremon taciturnus Pectoral Sparrow Groenruggors 2
Mionectes oleagineus Ochre-bellied Flycatcher Okerbuikpipratiran
Myrmotherula menetriesii Grey Antwren Bonte miersluiper 2
Thamnophilus murinus Mouse-colored Antshrike Grijze mierklauwier 2
Thalurania furcata Fork-tailed Woodnymph Vorkstaartbosnimf 2
Attila spadiceus Bright-rumped Attila Goudstuitattila 1
Cyanocompsa cyanoides Blue-back Grosbeak Blauwrugbisschop 1
Myrmeciza ferruginea Ferruginous-backed Antbird Roodrugmiervogel 1
Platyrinchus saturatus Cinnamon-crested Spadebill Bruinkopbreedbektiran 1
Trogon collaris Collared Trogon Gekraagde trogon 1
Trogon rufus Black-throated Trogon Zwartkeeltrogon 1
Micrastur gilvicollis Lined Forest-Falcon Gebandeerde bosvalk 1
Phaetornis malaris Great-billed Hermit Langsnavelheremietkolibrie    1
Florisuga melivora White-necked Jacobin Witnekkolibrie 1
Campylopterus largipennis    Grey-breasted Sabrewing Grijsborstsabelvleugel 1
32 espèces 200 individus


Discussion des résultats
Tout d'abord il faut souligner que le nombre de capture est relativement élevé. Cela s'explique évidemment par la pression de capture qui est forte, mais lorsque que l'on compare à effort de capture égal par rapport à d'autres sites de forêt guyanaise, la réserve montre des effectifs supérieurs. Il faut toutefois être prudent et attendre les prochaines sessions de captures pour voir si cette tendance se confirme. Un phénomène peut expliquer ce nombre élevé.

Mionectes oleagineus

Le nom générique correct d'un Manakin est déterminé.
En effet, les espèces en tête des effectifs sont Mionectes macconnelli et plusieurs espèces de manakins (Pipra erythrocephala, Pipra pipra, Pipra serena, Corapipo gutturalis et Manacus manacus). Ces espèces ont la particularité de se parader sur des arènes de chant ou de danses nuptiales (les leks), on retrouve alors de forte densité sur des secteurs très localisés où se réunissent les mâles mais aussi les femelles. Nos emplacements de filets devaient donc certainement correspondre à un ou plusieurs leks de ces espèces.

Concernant les manakins, il ont un régime alimentaire frugivore basé sur des Rubiacées mais plus particulièrement des Mélastomatacées qui sont relativement communes sur les sommet de crête dans la réserve, exactement où se trouvent notre station de capture. Il serait d'ailleurs intéressant d'inventorier ces espèces de Mélastomatacées sur la zone d'étude.

Si l'on regarde la diversité du peuplement, elle est relativement comparable à d'autres sites guyanais avec l'originalité de placer Mionectes macconnelli en tête des effectifs alors que normalement Glyphorincus spirurus est numériquement dominant partout en forêt guyanaise. Mais cette différence s'explique certainement par le phénomène de lek et alors lors des prochaines sessions, les effectifs de Mionectes macconnelli devraient nettement baisser puisque la saison de reproduction sera finie.
En termes d'effectifs, nous avons un petit nombre d'espèces qui dominent numériquement et tout un cortège d'espèces représentées par un ou deux individus. Cette tendance est typique de toutes les études en milieu tropical et s'applique aussi bien aux plantes, mammifères ou insectes.

Conclusion
Ces premiers résultats soulèvent déjà de nombreuses questions dans la compréhension de la structuration du peuplement à Trésor. Les prochaines séances avec leurs lots de recapture devront nous permettre d'aborder plus spécifiquement les aspects de dynamique de la population. Cette étude s'annonce donc prometteuse et passionnante.

Remerciements
Il faut remercier ici le travail des bénévoles qui s'impliquent activement dans ce programme: Sylvain Uriot et Vincent Pelletier qui sont co-responsables du programme, Nyls de Pracontal, Olivier Fortune, Thomas Luglia, Mael Dewynter, Claudine, Michel Giraud-Audine et Alexandre Vinot.


inhoudsopgave
Hans ter Steege est Maître de conférences à l'Université/scientifique en phytoécologie et biodiversité à l'Université d'Utrecht et spécialisé dans la biodiversité de l'Amazonie. Il est conseiller scientifique de la Fondation Trésor.
Ce qui est mentionné ci-dessous, est basé en grande partie sur des œuvres récemment publiés (ter Steege, H. et al. (2003). A spatial model of tree -diversity and -density for the Amazon Region. Biodiversity and Conservation 12: 2255-2276; ter Steege, H. et al. (2006). Continental-scale patterns of canopy tree composition and function across Amazonia Nature 443: 444-447). Pour de plus amples renseignements, voyez aussi: http://www.bio.uu.nl/~herba/Guyana/ATDN/



Figure 1. La richesse d'espèces des arbres de la forêt amazonienne, basée sur une analyse d'environ 750 parcelles d'un hectare (points noirs). La grandeur des points indiques la richesse. La couleur verte est une interpolation statistique de ces points et donc un modèle de la diversité de la forêt pour tout le bassin de l'Amazone.

Diversité de la forêt tropicale humide amazonienne

Hans ter Steege   



Avec environ 6 millions de kilomètres carrés, le bassin de l'Amazone est l'écorégion terrestre la plus riche du monde en termes de biodiversité et stockage de carbone. Sur un hectare (100 x 100 m.) de forêt on peut trouver plus de 300 espèces d'arbres, davantage que dans toute l'Union européenne. Dans la zone entière on trouve peut-être au moins vingt mille espèces d'arbres. Toute la forêt amazonienne contient environ 100 gigatonnes ¹) de carbone et le turn-over annuel est de 18 gigatonnes, ce qui équivaut à sept fois l'émission totale anthropogène ²) de l'UE. Il est donc évident que la zone est très importante pour la conservation de la biodiversité et du climat à l'échelle mondiale.

La diversité d'arbres n'est pas partout la même.
Bien que quelques forêts amazoniennes comptent parmi les plus riches du monde, pas tous les morceaux de forêt sont tout aussi riches. La richesse de la région a un patron précis (figure 1).
Les forêts les plus riches, nous les trouvons dans l'Amazonie occidentale, surtout dans des pays comme l'Equateur et le Pérou. Nous trouvons globalement le même patron en contemplant la diversité de, par exemple, les amphibiens (figure 2), les oiseaux et les primates.


Figure 2. Richesse d'espèces des amphibiens en Amérique du Sud.
Une question importante, à laquelle les scientifiques essaient depuis longtemps de répondre est "qu'est-ce qui rend les zones tropicales si riches en espèces?" Là-dessus on a écrit beaucoup d'articles avec autant d'hypothèses. L'absence de variations saisonnières semble être un des facteurs les plus importants. Sous les tropiques les variations de la température annuelle ³) sont beaucoup moins importantes (et il n'y gèle pas), ce qui pourrait expliquer la plus grande richesse en espèces.
Sous les tropiques, les régions qui ont moins de variations en pluviosité mensuelle(aussi une forme de variation saisonnière) s'avèrent avoir plus d'espèces (plus tard davantage sur ce sujet).
Un autre facteur qui est estimé de grande importance est l'étendue d'un biotope. Il y a des théories qui prévoient que plus grande la région, plus grand le nombre d'espèces. C'est qu'il y a deux processus qui sont régulés possiblement par les dimensions du terrain: la formation d'espèces et l'extinction. Dans des zones plus larges de forme égale, la formation d'espèces irait plus vite et il y a moins d'extinction d'espèces. Parce que (sur l'échelle du temps de l'évolution) le nombre total des espèces dans une région n'est autre que:

Richesse d'espèces = Formation d'espèces + Extinction (+ Immigration)


ceci signifie, que dans une zone large, il y a plus d'espèces que dans une zone plus petite. Et les zones tropicales ont plus de superficie terrestre que les zones septentrionales (c'est que la terre devient de plus en plus petite aux latitudes plus hautes)! Ceci pourrait expliquer aussi comment c'est possible que les zones tropicales de l'Amérique du Sud ont plus d'espèces que celles de l'Afrique et de l'Asie du Sud-ouest, c'est que les premières sont nettement plus vastes.
Parce que la diversité régionale de l'Amazonie est si haute, c'est également possible de trouver sur des morceaux plus petits (p. ex. d'1 ha) beaucoup d'espèces. La diversité de telles parcelles est en moyenne plus haute en Amazonie qu'en Afrique tropicale.

Figure 3
La figure 3 l'explique. La diversité régionale (à gauche dans la figure) est définie positivement par la formation d'espèces et l'immigration (espèces venant d'autres continents) et négativement par l'extinction des espèces. Parce que chaque espèce ne peut pas pousser dans chaque habitat d'une zone (p. e. l'Amazonie), et parce que chaque espèce ne peut pas toujours être présente quelque part à chaque moment, puisqu'elles sont limitées dans leur diffusion, la diversité locale n'est toujours qu'une (petite) partie de la régionale. Mais plus haute la régionale, plus haute la locale. Il y a aussi un nombre de processus qui peuvent influencer localement la diversité (à droite dans la figure): les populations fluctuent irrégulièrement et peuvent s'éteindre localement, des espèces peuvent disparaître par compétition et des espèces peuvent être éteintes par des herbivores.

Les deux causes les plus importantes de la richesse d'espèces de l'Amazonie, sont que la zone connaît relativement peu de variations saisonnières et que la zone est très large.
Une deuxième question très importante est pourquoi la partie occidentale de l'Amazonie est plus riche en espèces que la partie orientale. Ici jouent également les variations saisonnières. La diversité maximale qui puisse être trouvée (couleurs vertes, figure 1) dépend largement de la durée de la saison sèche (figure 4).


Figure 4
Mais apparemment il y a plus. Si ce n'était que la durée de la saison sèche qui joue un rôle, tous les points de la figure à droite seraient plus ou moins sur la ligne inclinée. D'autres facteurs peuvent donc diminuer la diversité, même s'il n'y a pas d'influence négative de la saison sèche. Nous prévoyons donc, sur base de la figure 4, que, s'il n'y a pas de saison sèche annuelle, la diversité est de 225 (ceci correspond à 300 espèces par ha). Nous voyons pourtant qu'en fait toutes les diversités sont possibles et que la diversité la plus basse est égale pour toutes les durées des saisons. Quelques causes en sont les processus locaux. Une zone qui vient d'être perturbée p. ex., a une diversité relativement basse, mais (et cela le rend compliqué) aussi une zone qui n'a pas été perturbée pendant une très longue période, peut avoir une diversité basse, parce que des espèces qui peuvent rivaliser bien pour les substances alimentaires et la lumière, vont dominer. Il reste donc (heureusement) beaucoup de travail à faire.

Quelle est l'importance de la diversité d'espèces des arbres?
Ce qui est mentionné ci-dessus traitait surtout d'arbres. Bien que les arbres ne soient pas un bon indicateur pour chaque groupe, c'est toutefois plausible qu'ils seront dans un sens un facteur motrice pour la diversité d'autres groupes. Les arbres sont après tout de la nourriture (fruits, graines, feuille, fleurs, nectar, bois) pour beaucoup d'autres groupes. Et puis ils donnent de la structure à la forêt, mieux, ils sont la structure de la forêt. Mais quoique les patrons de diversité des amphibiens et des oiseaux ressemblent à ceux des arbres, le lien causal n'a jamais été prouvé. Ce qui a été démontré est que la diversité plus haute des espèces d'arbres, mène à une diversité plus haute d'insectes, parce que beaucoup d'insectes herbivores sont spécifiques pour leur hôte. Nous savons aussi que la forêt de l'Amazonie occidentale a plus de porteurs de fruits charnus, ce qui pourrait être une cause de sa haute diversité et de la densité de primates.

L'Amazonie, est-elle uniforme?
Maintenant que le patron de diversité est connu et semble être identique pour de grands groupes, ça va de soi qu'on protègera surtout des forêts de la partie occidentale de l'Amazonie. C'est que ceci produira plus d'espèces protégées par unité monétaire. Mais quoique les forêts de p.e. les Guyanes soient considérablement plus pauvres en espèces, ce sont pour la plupart des espèces qui sont présentes dans les Guyanes. Surtout sur les sables blancs de la Guyana, et à un degré moindre au Surinam et en Guyane française, il y a beaucoup de ces espèces uniques ou endémiques. C'est typique pour la forêt des Guyanes qu'il y a beaucoup de légumineuses, Chrysobalanceae et Lecythidaceae (famille du noix de Brésil), tandis qu'à l'occident ce sont les Palmiers, Myristicaceae (famille du noix muscade) et des Moraceae (famille des figues) qui sont plus communes.
C'est donc important que la protection de la nature soit répartie proportionnellement sur l'Amazonie. Heureusement une partie chaque fois plus grande de l'Amazonie est déjà protégée d'une manière ou autre.

Quelle place occupe Trésor dans cette totalité?
La réserve naturelle "Trésor" se trouve dans la partie orientale de l'Amazonie et a, par conséquent, une diversité relativement basse d'arbres.
Mais dans les Guyanes elle figure au premier plan. La parcelle d'un hectare constitué en 2003, n'avait pas moins de 167 espèces d'arbres sur une parcelle d'un hectare avec 442 arbres et se trouve donc dans le top-dix et presque le top-5% des parcelles de cette zone.

¹) Giga = milliard
²) émission anthropogène = émission causée par les hommes
³) La variation moyenne en température quotidienne sous les tropiques est même plus grande que la variation moyenne annuelle.


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